Pourquoi une charte ?

Nous avons choisi de fonder ce projet sur base d’une charte afin de créer un espace d’émancipation, d’exploration, de questionnements qui soit sécurisant et qui permette au groupe d’évoluer communément vers la création d’un collectif. La charte reste inachevée et sera à nourrir sur base des expériences vécues par les membres de l’équipe et les jeunes et sur base de nos lectures et réflexions.

Personne ne se pense d’emblée raciste, sexiste ou paternaliste…, mais (oh malheur !) grande nouvelle : à divers degrés nous adoptons tous·te·s des comportements qui peuvent l’être. L’idée est donc ici d’accepter de se (dé)construire, en tant qu’accompagnatrice de jeunes, avec l’aide des autres, vis à vis de comportements qui bien souvent dépassent notre individualité et nos convictions personnelles (autrement dit ancrés de manière structurelle). De nombreux ouvrages abordent cette question de racisme ou de sexisme structurel, certains d’entre eux repris dans la bibliographie participative en bas de ce document.

Nous proposons donc de se nourrir d’une expérience qui nous amène à construire une conscience collective basée sur quelques principes identifiés dans cette charte, cheminant vers la création d’un espace plus « safe ».
Nous avons également la volonté de pouvoir parler de nos pratiques ouvertement, en lien avec ces sujets et d’accepter de se « mettre au travail » (parce que c’est un sacré boulot, alors autant s’y atteler au plus vite). Dans ce cadre, des séances d’échange seront organisées de temps en temps, réunissant bénévoles et référent·e·s (mais n’hésitons pas à ouvrir la discussion à tout moment !).

Et à propos de l’école ?

Sur ces bases, nous nous proposons donc d’explorer différents outils avec les jeunes. L’idée est d’offrir un espace d’école des devoirs qui valorise d’autres formes d’apprentissage que le travail purement scolaire (développement de l’attention, de la concentration et de l’écoute, développement de la créativité, de l’organisation et de la capacité à se projeter, coopération et travail collectif,….). On peut dire que nous accompagnons scolairement les enfants pendant trois heures puisque tout au long du processus, ils apprendront des choses non scolaires mais indispensables à leur scolarité. Ainsi, on extrait la notion d’apprentissage du seul point de vue de l’école pour proposer un accompagnement global qui permette l’expression, l’accès à l’imaginaire, la collaboration, la confiance en soi, l’organisation, … L’enfant en est là ou i·elle en est : autonomie, liberté, engagement dans le travail, prise de décision collective nécessitent un long apprentissage. Nous sommes là pour lui offrir espace et outils qui le permette ! 
Il nous tient donc à cœur de laisser naître une certaine forme de fonctionnement organique pour que les jeunes prennent en main l’organisation, en créant d’abord une forte énergie collective pour pouvoir ensuite y puiser idées, programmes, activités. 

En vrac, concret et exemple :     

Débarrassons nous donc, petit à petit et avec bonheur (hop hop hop on y met du cœur !) :    

– De l’impératif de réussite et de la méritocratie

Penser que l’échec scolaire n’est que la responsabilité de la jeune, par exemple. L’échec scolaire d’un.e jeune n’est évidemment pas entièrement de sa responsabilité. Elle est aussi, et entre autre, celle d’un système scolaire qui ne reconnaît pas ses failles ou alors qui ne valorise que quelques types d’intelligences (au hasard, mathématique et linguistique ?). Alléger le poids infini de la réussite et de la culpabilité, ça fait du bien, ça ouvre des portes et ça redonne confiance. 


– Du sexisme

Le terme de sexisme sert à désigner l’ensemble des institutions (socio-politiques, économiques, juridiques, symboliques) et des comportements, individuels ou collectifs, qui perpétuent et légitiment la domination des hommes sur les femmes*. Il est utilisé, plus couramment, pour caractériser les aspects idéologiques du phénomène et leurs expressions culturelles ou individuelles. (Encyclopaedia Universalis)* à cela nous ajouterons « des individus identifiés ou s’identifiant comme hommes à celles identifiées ou s’identifiant comme femmes » Eh oui. On s’en passerait bien partout. Si on peut faire cela au sein de ce projet, c’est déjà un début.


 – De la domination de la langue française

Beaucoup d’enfants et de jeunes au sein de l’enseignement francophone n’ont pas le français comme langue maternelle. Leur permettre de s’exprimer dans la langue qu’ielles souhaitent (dans le cadre scolaire ou informel) est un outil en plus pour ouvrir les possibilités d’expression et leur permettre d’explorer leurs multiples identités.


– Du racisme

La question du racisme est structurelle. Essayons ici au maximum d’observer les dérives et habitudes racistes et coloniales enracinées en nous ; le fameux « Je ne suis pas raciste » nous empêchant de relever le défi. Nous essayerons donc au maximum d’éviter de conseiller ou d’orienter les jeunes sur leurs croyances personnelles, les rites de leurs familles, leur langue, leur culture. Ainsi, je ne dis pas aux jeunes qui tentent l’expérience du Ramadan que ça dessert leur scolarité ou leurs activités sportives. J’évite de parler du voile comme une contrainte dégradante. Je proscrits toutes blagues sur la couleur de peau de type : « pourquoi tu bronzes, t’es pas déjà assez noire ? », … Les exemples sont multiples et récurrents dans l’accompagnement des jeunes, surveillons et formons-nous avec énergie et bienveillance !


– Du paternalisme et pression de classes (sociales, intellectuelles…)

Venons avec l’idée que nous allons aussi apprendre de cette expérience. L’espace de la Chéchette est un espace de rencontre, dans la conscience et le respect des diversité, des expériences et des compétences. Dans cette optique, nous jetons joyeusement par les fenêtres toute envie de faire la morale, à quiconque. Exemple : « Oui, bon si tu te mets pas au travail, tu vas rater ton année, là c’est un manque clair de motivation (ça se voit, tu bailles), tu dois étudier, te comporter autrement, moi je suis là pour t’aider (j’ai milles choses plus importantes à faire un vieux mercredi après-midi pluvieux, genre promener mon chien) ». En refusant ce genre de discours (qui arrive plus vite qu’on ne le croit, surtout face à un jeune qui casse la tête), l’adulte est obligé de se poser d’autres questions et d’en explorer les ressources avec les jeunes. Du genre : mais que raconte ton agitation ? Dors tu assez ? Connais-tu les rouages de ta mémoire et de tes intelligences ? As-tu besoin de bouger pour apprendre ? Que fais-tu lorsque tu as un trop plein d’énergie ? La structure de l’école des devoirs est-elle assez claire ? … Ces questions permettront à l’élève de mieux se connaître et à la structure de l’accueil d’être enrichie. De la même manière, la domination culturelle (art – musique – histoire) n’est pas très fertile. Il n’y a pas de bonne culture… Il y a juste des cultures et des narratifs différents (et plus ou moins dominants).  


– Du capacitisme

Les systèmes de croyances fondés sur le capacitisme s’articulent souvent autour d’attitudes, de stéréotypes et de stigmates négatifs à l’endroit des personnes ayant des handicaps psychosociaux. Le « capacitisme » fait référence à des attitudes sociétales qui dévalorisent et limitent le potentiel des personnes handicapées. Le capacitisme est semblable au racisme, au sexisme ou à l’âgisme, selon lequel une personne handicapée est moins digne d’être traitée avec respect et égard, moins apte à contribuer et à participer à la société ou moins importante intrinsèquement que les autres. Le capacitisme peut s’exercer de façon consciente ou inconsciente et être inscrit dans les institutions, les systèmes ou la culture d’une société. Il peut restreindre les possibilités offertes aux personnes handicapées et réduire leur participation à la vie de leur collectivité. La discrimination à l’égard des personnes ayant des problèmes de santé mentale ou de dépendance est souvent liée aux attitudes préjudiciables, aux stéréotypes négatifs, ainsi qu’à la stigmatisation générale des troubles mentaux et des dépendances. Tous ces concepts sont interreliés. Par exemple, les stéréotypes, préjugés et stigmates peuvent mener à de la discrimination. Les stigmates associés aux troubles mentaux et aux dépendances peuvent aussi être le résultat de la discrimination, de l’ignorance, des stéréotypes et des préjugés.

(http://www.ohrc.on.ca/fr/politique-sur-la-pr%C3%A9vention-de-la-discrimination-fond%C3%A9e-sur-les-troubles-mentaux-et-les-d%C3%A9pendances)


OUCH-OUPS

MÉTÉO

PÉPITE CAILLOUX…

Nous y voilà.. Que la charte vous irrite ou vous comble de bonheur, l’espace est ouvert pour en parler et la faire évoluer !!


Bienvenu·e·s dans l’équipe.

La vieille Chéchette !