Charte de la vieille Chéchette

Pourquoi une charte ?

Il y a trois ans, naissait le café-bouquinerie La vieille Chéchette sur base des idées lumineuses d’une poignée de motivé·es. Aujourd’hui, les idées ont fait des bébés : pleins de nouveaux.elles coopérateur.rices, d’alli·es, de tenancier·es de bar, d’activités, de rencontres, de formation, de réunion de collectif en tout genre, d’amitié, d’histoires d’amour, de tournois de ping-pong, de fêtes, de conférences, de concerts, de bulles sociocratiques.

La présente charte tend à réaffirmer les orientations poétiques et politiques du lieu, dans le soucis d’une plus grande inclusivité, de créativité dans sa programmation, d’ouverture dans les alliances qu’il souhaite faire avec ces autres qui mènent les milles et unes luttes dans lesquelles il se retrouve.

Et avant tout, rester un lieu qui fourmille et permet les rencontres incongrues.

Chaque personne qui souhaite s’investir dans le lieu doit prendre connaissance de cette charte, s’engager dans son application et s’engager à la faire évoluer.

Au regard de cette charte, le collectif s’engage dans un travail de réflexion et de remise en question constante. Il s’engage aussi dans l’accueil des nouvelles personnes et dans la transmission des valeurs que défend la charte. 

Pourquoi le nom « la Vieille Chéchette » ?

La Vieille Chéchette est le nom du personnage principal, sorcière héroïque, d’un livre pour enfant écrit par Louise Michel. Ça paraissait pertinent que le nom du lieu soit un hommage à cette autrice et le nom d’un livre.

Louise Michel est une femme révolutionnaire, anarchiste, fardeau des minorités par évidence.

Par ouverture sur divers horizons, on ne préfère pas se revendiquer anarchistes, ça emmènerait trop d’emmerdes mais on essaye au mieux de soutenir élégamment la cause par faits fabuleux.

On a donc élu Louise Michel porte-parole de notre volonté d’aller au-delà des normes instituionnelles, comme rappel au courage et aux désobéissances créatrices.

Pour finir, le livre en question est un livre pour enfant, nous rappelant que nous souhaitons un lieu décloisonné, ouvert à tou·te·s, de tout âge.

Une coopérative à finalité sociale, un projet collectif, un lieu chaleureux et convivial

Le projet de La vieille Chéchette se construit au plaisir sur base d’un processus de création et de réflexion collective, dans un esprit de coopération, sous le statut de coopérative à finalité sociale. Il est accessible à ceux et celles qui se reconnaissent dans la présente charte et veulent s’engager dans la vie du lieu.

Le café-bouquinerie est un lieu populaire et convivial, de proximité, accessible (gratuité ou participation libre aux animations ; aucune obligation de consommer ; consommations et livres à des prix accessibles ), et modulable à l’envie.

La vieille Chéchette se situe au carrefour de bien de routes : se rencontrer, lire, raconter, causer, jouer, proposer. Seul·e ou à plusieurs, pour le plaisir ou le travail, la poésie ou le concert, le débat ou la conférence, le café, le jus ou la bière.

Interdépendance et sociocratie 

Les membres de La vieille Chéchette s’engagent et s’initient à un système de fonctionnement sans structure de pouvoir hiérarchisé, avec une répartition du pouvoir décisionnel, selon un mode d’auto-organisation (structuration en « groupe de travail », prises de décision par consentement, élections sans candidats, techniques de facilitation, etc.)

La vie du lieu repose sur l’interdépendance de ses membres : une fois le but commun clarifié (d’où l’importance d’une charte) et accepté par chacun·e·s, tou·te·s sont individuellement et collectivement porteur·euse·s de l’aventure ; tout·e·s agissent selon une dépendance réciproque, sans subordination.

Chacun.e est donc responsable de ses choix et de ses actes, de la hauteur de son engagement, de la cohérence du projet et du but commun. Flexibilité, ouverture au changement, confiance en soi et en l’autre, respect de soi, respect de l’autre, transparence sont les bases de la démarche.

Engagée

La vieille Chéchette se veut être un lieu révolutionnaire.

Simplement et régulièrement, au-delà de tous schémas, toute norme, et toute conformité.

Et pleins de surprises.

Elle module son espace en fonction des personnes et collectifs qui veulent l’investir tant que ces dernier·es correspondent à ses raisons d’être. Elles a vocation à accueillir les initiatives et à porter ses propres projets, tissant inlassablement son réseau, au gré des envies et inspirations des personnes qui les font vivre. 

Les projets portés par la vieille Chéchette sont engagés. Cela signifie que s’y retrouvent et s’y expérimentent des valeurs communes et y préside le souci du consentement mutuel, de la discussion et de la critique constructive.

L’épanouissement de chaque personne, combiné au plaisir de passer du temps ensemble fonctionnent sur la base d’une attention portée à chacun.e comme au lieu.

Ces valeurs sont celles de l’émancipation, de l’autonomie, de l’épanouissement et de la solidarité; elles recoupent des luttes sociales et politiques dont les contextes sont à examiner ouvertement à chaque fois.

La vieille Chéchette veille à bannir les comportements:

  • Racistes : du racisme structurel au racisme ordinaire, la vieille Chéchette tend à déconstruire les rapports de race et la stigmatisation de l’autre au quotidien. Elle questionne son rapport aux communautés du quartier et  réfléchit à sa programmation, son accueil, son langage, son esthétique.
  • Paternalistes : pas de rhétorique, pas de leçons et pas de vérité.
  • Sexistes : tant dans les rapports quotidiens, dans la juste répartition des espaces-temps de discussions et de prises de décision que dans sa programmation, elle tend à questionner les rapport de genre et à promouvoir des événements qui les déconstruisent. Le 8 mars, c’est tous les jours.
  • Capitalistes : la vieille Chéchette réfléchit à sa consommation et aux modes de productions des produits qu’elle vend. Elle tend à sortir d’une logique marchande et d’accumulation du capital. Par ailleurs, elle se place en alliée des autres lieux et initiatives et refuse toute démarche concurrentielle.

Ancrée dans le quartier

La vieille Chéchette souhaite être un lieu de rencontres, connecté avec tout le quartier. Mieux que cela, elle réfléchit aux passerelles, partenariats et stimule/provoque la/les rencontre/s.

L’espace de La vieille Chéchette est en lien avec les voisin·es et les concerte et les associe au maximum, tout en respectant les limites qu’ils.elles posent (bruit)

Libre

Comme dit plus haut, le projet fonctionne sur l’interdépendance de ses membres : tout le monde est nécessaire, personne n’est indispensable. Chacun·e investit l’énergie, le temps, etc. qu’il et elle veut sans se sentir obligé·e de quoi que ce soit, en respectant ses engagements, dans la conscience profonde des autres, en position active et responsable. L’engagement dans le projet est un plaisir. Chacun·e a l’opportunité de s’investir plus ou moins dans les endroits du projet qui l’intéressent /différents mandats identifiés, dans la vie du lieu et sa programmation.

Le lieu fonctionne tant qu’il y a des gens pour s’en sentir responsable – un peu comme on cultiverait un jardin 

Viable et indépendante

Comme mentionné plus haut, la Chéchette se dégage de toute logique marchande capitaliste et souhaite être la plus indépendante possible. Cependant, le projet ne doit pas être un gouffre financier et veille à sa viabilité.

Chaque demande de subside, quand l’occasion se présente doit être réfléchie collectivement et évaluée.

Cependant le lieu a la volonté de rester le plus autonome possible.

Intergénérationnelle

La vieille Chéchette est ouverte à tous les âges, dans le vivre ensemble et le respect mutuel. Elle tend à penser sa programmation en conscience des besoins de chaque génération.

Mouvante

Le lieu et le projet sont amenés à évoluer et non à rester figés. Le collectif et le lieu sont ouverts aux nouvelles personnes, initiatives, visions et projets. Le lieu est modulable en fonction des populations qui l’investissent. Le collectif est ouvert aux besoins de différentes populations qu’il accueille et adapte le lieu en fonction.

Vivante

La programmation (projections de films, rencontre avec des auteurs, conférences, ateliers, café politiques, café philo, lectures, concerts, spectacles, …) est orientée de manière à mettre en application les différents points de cette charte et de continuer à la faire évoluer.

Bouquinerie et bibliothèque

La bouquinerie propose un large choix en livres d’occasion en littérature, poésie, essais et souhaite faire entendre des voix et des écritures dissidentes, engagées, inspirantes et poétiques (en ligne avec les valeurs du lieu).

Elle choisit et met en avant les ouvrages offrant des alternatives aux pensées dominantes et développant des thématiques chères au lieu.

Elle cède ses rayons et ouvre un espace de parole et d’échanges aux auteur·rices, microéditions, revues, fanzines, … (conférence, sortie de livre, débats, atelier d’écriture, sérigraphie, journal de quartier, …).

Le fond pérenne de la bibliothèque est constitué d’un choix de pépites et de trouvailles littéraires, de BD soigneusement sélectionnées et autres objets papiers singuliers. Le fond, d’abord réuni autour de l’œuvre de Louise Michel, est diversifié et alimenté au fur et à mesure. Toute personne peut proposer un ouvrage, tant qu’elle peut expliquer pourquoi ce livre en particulier devrait rejoindre le fond de la bibliothèque.

Une Archive « bibliothèque des luttes » est également en constitution depuis l’ouverture du lieu, elle est accessible en lecture sur place. Les livres de la bibliothèque sont identifiés par un symbole (tampon sur la page intérieure) ne sont pas à vendre, uniquement à consulter sur place, les ouvrages de la bouquinerie eux sont à prix libre, avec des prix indicatifs